Découvrez les différentes cosmogonies et mythologies des plus grandes civilisations du monde


lundi 2 mai 2016

MYTHOLOGIE NORDIQUE - LES SOURCES

Peter Nicolai Arbo (1831-1892) - Asgardsreien (1872)

La Mythologie nordique comprend l'ensemble des mythes des pays dits nordiques, et c'est là que les problèmes commencent. Devons-nous parler de Mythologique Scandinave, ou alors de Mythologique Nordique ? Car, si on s'en tient au premier terme, alors nous devrions parler uniquement de la Suède, de la Norvège et du Danemark (les trois monarchies scandinaves), et exclure ainsi l'Islande, ce qui serait totalement absurde étant donné l'influence de ce pays dans les mythes du nord. Le plus sage est donc de parler bel et bien de Mythologie nordique, pour y inclure TOUS les pays nordiques, c'est à dire la Suède, la Norvège, le Danemark (+ Groenland), l'Islande, mais aussi la Finlande (+ Aland) et les îles Féroé. Par contre, j'ai du y exclure l'Estonie, ou encore les îles du nord de l'Écosse (les Shetland et les Orcades), et cela malgré leur passé profondément "nordique". Le cas de la Finlande reste sujet à débat, mais j'ai fais le choix de l'inclure, notamment pour son Kalevala.

Soyez également bien conscient que la mythologie nordique concerne la religion (païenne) qui a précédé la christianisation de ces territoires aux alentours de l'an 1000. Alors certes, l'influence chrétienne se fera sentir dans les écrits parvenus jusqu'à nous, mais il ne s'agit pas d'une mythologie chrétienne, comprenez-le bien. On l'assimile assez fréquemment avec la mythologie dite germanique, mais je ne le ferai pas ici car je tiens à bien les distinguer, mêmes si elles demeurent très semblables.  Vous comprendrez qu'il s'agit encore une fois d'un choix personnel et pleinement assumé, qui est peut-être une erreur aux yeux de certains, mais pas des miens. 

Il faut savoir que la tradition était autrefois transmise oralement de génération en génération, avant d'être consignée aux 12e et 13e siècles. Nous avons donc beaucoup de chance. Ainsi, des sources écrites et variées nous sont parvenues, pour notre plus grand plaisir, ce qui nous permet d'avoir une bonne idée de la religion nordique et des mythes qui en découlent. En voici la liste :

SOURCES PRIMAIRES
Ce que j'ai noté comme "sources primaires" sont les deux Eddas, à savoir l'Edda poétique et l'Edda en prose. Il faut bien comprendre qu'il s'agit de deux sources très différentes.

L'EDDA POÉTIQUE
Recueil anonyme d'une trentaine de poèmes eddiques mythologiques et héroïques, datant d'environ 1250, comprenant notamment la Lokasenna ("La querelle de Loki"), le Hamaval, ainsi que (surtout) la Voluspa ! Le tout est contenu dans ce que l'on appelle le Codex Regius (copie d'un manuscrit plus ancien composé entre 1210 et 1240), qui comporte 35 poèmes, certains mythologiques, d'autres épiques. Vous pouvez avoir la liste complète des 35 poèmes dans la section Les Textes. Retenez donc bien ceci : Edda Poétique = 35 poèmes (16 mythiques, 18 épiques).

L'EDDA EN PROSE
Écrit par Snorri Sturluson entre 1220 et 1230, dont la plus ancienne copie conservée demeure le Codex UpsaliensisL'ouvrage est divisé en quatre parties : Le Prologue, la Gylfaginning ("Fascination de Gylfi"), les Skaldskaparmal ("Dits sur la poésie"), le Hattatal ("Dénombrement des mètres").

Nous avons la chance de disposer d'excellentes traductions et d'avoir de grands spécialistes (je pense notamment au regretté Régis Boyer) qui se sont chargés de tout (du moins presque), pour notre plus grand bonheur. Alors profitons-en !!

À l'heure actuelle, l'Edda poétique est traduit intégralement en français, ce qui n'est pas le cas de l'Edda en prose, QUE partiellement traduite par François-Xavier Dillmann. Nous n'avons ainsi que La Gylfaginning en entier, ainsi qu'une partie des Skaldskaparmal. Quant au Hattatal, la traduction dans notre langue est bien trop ardue pour être proposée de manière satisfaisante (c'est du moins ce que j'en ai compris). Néanmoins, nous disposons aujourd'hui de la partie la plus importante dans notre langue, et il faut le souligner. Donc, nous sommes gâtés, nous Français, concernant les sources primaires. J'aurai juste aimé avoir les Skaldskaparmal en entier, c'est dommage...

Le roi Gylfi face aux trois Ases : Har, Jafnhar et Thridi

LES AUTRES SOURCES
J'ai listé ici toutes les sources autres que les deux Eddas, qui traitent de près comme de loin à la mythologie nordique. Nous avons la chance d'avoir (encore une fois, je me répète) à notre disposition d'excellentes traductions françaises de toutes ces sources (du moins en bonne partie) grâce (entre autre) à des hommes comme Régis Boyer, Jean Renaud ou encore Patrick Guelpa. Prenons quelques secondes pour remercier le boulot de tous ces hommes passionnés. Grâce à eux, nous avons la chance de pouvoir lire ce genre d'ouvrages dans la langue de Molière !

LA GESTE DES DANOIS
(La Gesta Danorum) - Rédigé par Saxo Grammaticus vers l'an 1200 (XIIIe siècle).
16 livres (les 9 premiers décrivent les traditions des rois et des héros antiques depuis les origines jusqu'en 936).
Histoire du Danemark depuis les origines mythiques du roi Dan jusqu'à l'an 1202.

[ Traduction des 9 premiers livres disponible en français. Quant aux 7 autres, soyons patients... ].

LA SAGA DES ROIS DE NORVÈGE
(Heimskringla - ce qui veut dire "L'orbe du monde") - Compilé aux alentours de 1225 par Snorri Sturluson (XIIIe siècle).
16 Sagas (dites royales).
Je pense que son nom est très explicite, il s'agit de seize sagas royales.

[ Traduction de 8 sagas disponibles en français sur les 16. Les plus importantes sont ainsi dans la langue de Molière, ce qui est le plus important ].

LA SAGA DE SIGURDR
(La Volsunga Saga) - Saga datant du XIIIe siècle (vers 1260).
Saga légendaire nordique racontant l'histoire du clan Volsung.

[ Intégralité de la saga traduite en française grâce notamment à M. Boyer ].

LES AUTRES SAGAS 
(XIIIe-XIVe siècle)
Nombreuses sagas dont les plus connues sont les Islendingasogur ("Sagas Islandaises").
Voir la section "Les textes" pour la liste des sagas parvenues jusqu'à nous (la liste est longue).

[ De très nombreuses sagas en tout genre traduites en français, dont les plus importantes concernant la mythologie nordique. Par contre, je vous le dis, il va falloir fouiner un petit peu ].

LA POÉSIE SCALDIQUE
(VIIIe-XIVe siècle)
Anciennes poésies nordiques qui nous sont parvenues (presque 5000 strophes sauvegardées).

[ Du fait de la complexité de traduction de la poésie scaldique, nous ne disposons que de peu de traductions, mais elles existent malgré tout ].

LE KALEVALA
(XIXe siècle) - Rédigé par Elias Lonnrot au 19e siècle.
Épopée nationale des Finnois, publiée en 1835, qui regroupe un ensemble de poésies populaires.

[ Plusieurs traductions intégrales disponibles. Préférez celle de Jean-Louis Perret, je n'en ai eu que de très bonnes critiques par rapport à celle de Gabriel Rebourcet ].

LES SOURCES HISTORIQUES
Je me suis permis de rajouter cette catégorie de sources quand j'ai appris l'existence de textes très importants narrant l'histoire d'un pays nordique ou une épopée, sans jamais tomber dans la mythologie pure et dure. Et comme j'ai constaté que nous avions la plupart du temps à notre disposition une traduction française de qualité sur ces ouvrages, je me suis dit qu'il serait criminel de ne pas vous en parler ici. Voyez donc cela comme un complément pour les plus curieux.

LE LIVRE DES ISLANDAIS
(Islendingabok) - Rédigé entre 1122 et 1133 par Ari Þorgilsson, dit le Savant (vers 1067-1148).
Écrit purement historique sur l'histoire de l'Islande, couvrant la période 874-1120 en dix chapitres. Nous disposons de deux copies du milieu du 17e siècle.

[ Je n'ai trouvé qu'une seule traduction française de cet ouvrage ; celle de Felix Wagner datant de 1898, très vieille mais malgré tout très intéressante ].

LE LIVRE DE LA COLONISATION
(Landnamabok) - Rédigé au 13e siècle par Sturla Thordarson. (1214-1284), neveu de Snorri Sturluson.
Manuscrit historique sur la colonisation de l'Islande par les Scandinaves au IXe et Xe siècle. Trois manuscrits nous sont parvenus du Landnamabok : le Sturlubok (seule version complète), le Hausbok et le Melabok (très fragmentaire).

[ La traduction partielle mais très complète de Regis Boyer est excellente, basée sur la version de Sturla Thordarson, le Sturlubok ].

LE LIVRE DE L'ILE-PLATE
(Flateyjarbok) - Rédigé de 1387 à 1394 par deux prêtres pour Jon Hakonarson de Vididalstunga.
Manuscrit très richement décoré composé de sagas, de poèmes et de courts textes historiques.


[ Alors là, rien à ne mettre sous la dent, ce qui n'est pas tout à fait vrai. En effet, aucune traduction du Flateyjarbok en lui-même n'existe, mais au fil des lectures, nous pouvons réunir une grande partie des textes, comme par exemple Le dit de Volsi, le poème eddique Le chant d'Hyndla, la saga de Sverrir,  la saga des frères jurés, la saga des Groenlandais, la saga des Orcadiens, la saga des Feroiens, ... ].

LE MODRUVALLABOK
(AM 132 fol) - Composé vers 1330-1370.
Ce manuscrit écrit sur 200 feuillets regroupe plusieurs sagas, plus précisément 11.

[ Là, pareil, il faut regrouper les sagas une par une pour avoir au final une grande partie du manuscrit dans notre belle langue de Molière ].

------------------------------------------------------------------------

Je pense n'avoir rien oublié, du moins les ouvrages les plus importants concernant la mythologie nordique sont bien là. J'ai pensé judicieux d'y rajouter les ouvrages historiques, même si leur lecture n'est pas obligatoire (bien que fortement recommandé).

Pour être vraiment complet, ajoutons quelques ouvrages littéraires considérés comme des grands classiques, tels que Beowulf (plus associé à la littérature anglo-saxone, mais qui transpire le nord) ou encore La cloche d'Islande de Halldor Laxness. Là, nous sommes désormais dans le conseil de lecture, non plus dans la source primaire, comprenez-le bien. Enfin, rajoutons quelques références extérieures à la Scandinavie, souvent de très bons témoignages, comme Germanie de Tacite, Histoire des rois francs de Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le vénérable, Histoire des archevêques de Hambourg de Adam de Brême, La chronique de Nestor, ou encore La chanson des Nibelungen : La plainte, version germanique du cycle nordique des Volsung.

Le Flateyjarbok